La stimulante contrainte des «5 minutes»

groupe-2_flouIl est assez naturel pour un enseignant, semaine après semaine, de tomber dans une forme plus ou moins prononcée de routine. Or, même si les formateurs d’enseignants aiment répéter inlassablement qu’il faut « varier », la routine et les habitudes ne représentent pas forcément un problème, pour peu qu’elles soient conscientes et découlent d’une réelle réflexion pédagogique. La répétition de scénarios pédagogiques centrés sur l’élève et favorisant les approches collaboratives ne sera pas perçue par les étudiants comme redondante : la variation des sujets, des supports et des moyens TIC couplée à la variation des dynamiques de groupes et des responsabilités au sein d’un travail collaboratif offrira suffisamment de variations aux étudiants. Par contre, la répétition de cours ex cathedra où l’élève a l’unique rôle d’écouter et de prendre des notes ne constitue pas une option enthousiasmante.

Le jeune enseignant et les routines

Ainsi, il me semble crucial qu’un enseignant en début de carrière entre d’emblée dans une bonne routine. Ne surtout pas se dire:

« je débute, donc pour l’instant je fais au plus simple et je verrai plus tard »

Il m’apparaît donc nécessaire de se fixer des règles et de s’y tenir. En cherchant quelle(s) règle(s) je pourrais me fixer pour ne pas tomber dans la paresse et la mauvaise routine, je suis tombé, grâce à un article de François Jourde, sur l’idée d’Alice Keeper Never address the whole class, relayée sur Twitter avec le hashtag #nottalkWC.

Une contrainte stimulante

Cette règle toute simple (en théorie), consiste à ne jamais s’adresser à l’entier de la classe et de favoriser ainsi des interactions plus personnelles avec les élèves. Tout comme François Jourde, je préconise une version souple de cette règle, à savoir :

ne jamais s’adresser à la classe entière pendant plus de 5 minutes.

Les avantages

Cette règle peut sembler terriblement contraignante, mais en réalité elle est très stimulante pour l’enseignant. Les avantages de cette contrainte :

  • Force l’enseignant à centrer son enseignement sur l’étudiant et non pas sur la transmission unilatérale et verticale du savoir
  • Forcément, l’enseignement sera basé sur des approches collaboratives, par exemple avec du travail de groupe où le savoir de chaque élève sera mis en avant.
  • L’élève sera actif dans l’acquisition de ses connaissances et non pas uniquement un récepteur.
  • Permet de développer des compétences transversales chez les étudiants : compétences sociales et autonomie, par exemple.
  • Permet à l’enseignant de personnaliser énormément ses interventions car les problèmes, difficultés ou incompréhensions peuvent être très diverses selon les étudiants ou selon les groupes.
  • Favorise la relation pédagogique et personnelle entre l’enseignant et l’étudiant car ils pourront rentrer en relation de manière individuelle (l’étudiant devient une personne à part entière et non plus un élève parmi beaucoup d’autres camarades)

Conseils pratiques

Voici quelques conseils didactiques pour la mise en œuvre de cette contrainte des 5 minutes :

  • Agencement de la classe : une classe en ilots de 3-4 bureaux est l’idéal pour les travaux collaboratifs. Mais un agencement de classe traditionnel (bureaux alignés face au tableau noir/blanc/interactif) permet également de travailler, par exemple en binôme, ou en prévoyant des changements de places au cours de la leçon.

img_20160519_155504

  • L’enseignant va parler beaucoup – et inévitablement parfois se répéter – mais au moins il personnalisera ses interventions. Il doit donc veiller à offrir du temps à tous les groupes et ne pas s’éterniser chez l’un ou l’autre groupe
  • Avoir un support (analogique ou numérique) avec des instructions détaillées (consigne). Un exemple ici
  • Offrir des possibilités de chercher soi-même des informations à l’aide de supports analogiques (livre, atlas, encyclopédie,…) ou numériques (comme une liste de ressources à consulter, un exemple ici).
  • Renoncer au powerpoint, du moins dans sa forme traditionnelle qui conduit inévitablement à un enseignement transmissif (ce point-là sera l’objet du prochain article sur mon blog).
  • Utiliser des ressources et des outils numériques qui offrent une multitude de possibilités (ex. création d’un document commun sur google slides ou google document, rédiger un article de blog, réaliser des petites séquences vidéos, créer des quizz, … [la liste étant longue, je vous suggère de consulter ici la carte de François Jourde recensant moult outils numériques]).

Bien sûr, cette règle est à adaptée en fonction des contenus et des objectifs d’apprentissage et l’on peut facilement concevoir des exceptions à cette règle. Mais elle constitue un bon point de départ pour préparer ses leçons.

Publicités

3 réflexions au sujet de « La stimulante contrainte des «5 minutes» »

    1. Merci pour le commentaire! Je me lance et cela fait plaisir de voir que l’article suscite de l’intérêt. Cela m’encourage à continuer.

      Quant aux personnages fictifs, je me demandais justement dans quel groupe je préférerais être 🙂

      Bon séjour en terres fribourgeoises!

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s